Entrée en Chine : Le Xinjiang

Entrée en Chine : Le Xinjiang

On a le plaisir d’écrire notre premier article chinois, ce qui n’aurait pas été possible sans l’aide précieuse de notre famille et nos amis qui se reconnaîtront et qu’on remercie.

Excités à l’idée d’arriver en Chine et de changer de culture après 3 mois d’Asie centrale, nous sommes transportés par nos deux chauffeurs ouïgours de la frontière kirghize à Kashgar. Et oui, nous ne pouvons pas profiter de la descente du col de Torugart (3700m), car il est interdit de pédaler.

L’ambiance est joviale, au fil de la discussion, on perçoit déjà quelques contradictions entre la volonté du gouvernement chinois d’unifier le pays et la culture ouïgoure. Les Ouïgours, éthnie musulmane, représentaient il y a quelques années 90% de la population au Xinjiang. Ils n’en sont plus que 50%. Le gouvernement voulant diluer la culture locale, a favorisé l’immigration des Hans dans la région (éthnie majoritaire en Chine, 92% de la population), ce qui a exacerbé les tensions ethniques.

A Kashgar, étape importante de la route de la Soie, on se laisse émerveiller par cette ville vivante qui respire l’Asie centrale avec des touches chinoises. Kashgar est plus proche de Téhéran que de Pékin.

 

Les rues et les marchés fourmillent. Dans les parcs, les gens se réunissent pour danser, jouer aux cartes, au go, au badminton. Ca fait plaisir à voir !

 

Le marché de nuit semble ancré dans le quotidien des locaux qui viennent déguster nouilles, fondue chinoise, oeufs sous toutes les formes, desserts au riz… Le mix des cultures offre une multitude de saveurs culinaires et des plats plus relevés.

 

Quelques détails nous interpellent : La présence policière très importante, les détecteurs à rayons X à l’entrée des restaurants, marchés, parcs, etc.., les couteaux des stands du marché de nuit enchaînés, la vieille ville partiellement détruite et remplacée par des édifices gigantesques.

 

On prend alors la route vers la frontière pakistanaise avec une grosse pensée à Roro qui aurait dû traverser cette splendide région dont les paysages nous laissent bouches bées. Entourés de majestueuses montagnes qui culminent à plus de 7000 m (entre autres les pics Kongur Shan et Mustagata) les yacks et les chameaux paturent paisiblement. Aux dernières nouvelles Roro est en forme! Il a roulé au Tadjikistan sur la célèbre Pamir Highway qui lui en a mis plein les yeux. Il devrait déjà maintenant avoir filé vers l’Inde en avion.

Rejoints par un collègue bulgare, Ivan, on descend de 4000 m d’altitude aux petits villages à l’orée du désert du Taklamakan.

 

 

 

C’est alors que l’oppression chinoise nous saute aux yeux : nombreux contrôles de police (avec reconnaissances de visages pour les Chinois), barbelés autour des espaces publics (écoles, mosquées, parcs, hôpitaux, marchés, stations service…), interdiction de camper, interdiction d’inviter les étrangers, des programmes radio qui résonnent dans les hauts parleurs des petites villes, comme s’il s’agissait de la propagande chinoise. Ces mesures ont été récemment mises en place suite notamment aux manifestations et attentats de 2008 à 2014 revendiquant la reconnaissance de la culture ouïgoure.

 

Un soir, alors que nous campions, Ben étant malade, un des innombrables hommes au brassard rouge nous dénonce à la police. A la tombée de la nuit, la police nous somme d’aller à 30 km de là dans un hôtel. Des curieux du village nous regardent ranger nos affaires. Certains nous disent en off qu’ils aimeraient nous inviter mais ne peuvent pas. Une étudiante ouigoure nous dit qu’elle n’aime plus sa région et qu’elle préfère le Sichuan où elle étudie car elle s’y sent plus libre . Toujours bienveillants mais devant appliquer les règles, les policiers nous transportent à minuit dans le canton voisin pour finalement nous dire de dormir dans un local de distributeur automatique de billets, les hôtels étant complets. D’autres policiers du canton concerné nous emmènent dormir dans le hall d’un hôtel. Après une courte nuit, nous sommes en selle à 7h du matin. A midi, nous n’avons fait que 20 km à cause de 7 contrôles de police, dont un particulièrement cocasse. Un fourgon nous dépasse à pleine vitesse, se rabat et 6 policiers casqués sortent et nous arrêtent derrière leurs boucliers. Passerport ! Appel à la « Haute Autorité » pour « checker notre identité ».

Le dernier contrôle se solde par une invitation à manger par la police. La policière ouïgoure, brillante, nous confie : « Je vous envie car vous vivez vos rêves. Mon rêve est de vivre en paix. Nous vivons dans un pays en paix, d’autant plus depuis la mise en place des contrôles de police, mais nous devons nous protéger du monde extérieur qui ne vit pas en paix. Le Xinjiang est particulièrement contrôlé car cette région est frontalière de 8 pays ». Ses paroles résonnent en nous comme de la propagande, cela marche bien.. Elle nous explique que les hommes avec des brassards ou des pin’s rouges (marteau-faucille) sont des « soutiens de la police ». « Payés ou non, ils sont là pour servir le pays », et semblent indiquer le moindre faux pas.

Déçus de ne pas pouvoir rencontrer la population et voyager librement, on décide de filer en stop-camion vers Hotan.

C’est là que les contrôles de police nous ont été bien utiles pour rattraper les blonderies de Mara, qui oublie dans la fourgonette sa sacoche contenant entre autres passeport, argent et carte bancaire! Les Chinois mettent sur le coup un agent de la police criminelle pour la rechercher. Après un autre repas offert et un passage à visionner les vidéos de surveillance des postes de contrôle, l’enquête est résolue en 5 heures ! Ouf, le voyage peut continuer !

 

A Hotan, contre toute attente, nous n’arrivons pas à trouver le vieux centre et découvrons une ville nouvelle, avec une architecture totalement chinoise. Soit nous sommes passés à côté de quelque chose, soit le gouvernement chinois à réussi à y éliminer les traces de la culture ouïgoure.

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Mao sert la main de Kurban Tulum, un Ouigour, symbole de l’unité, place de la solidarité d’Hotan

Nous traversons ensuite en bus le désert du Taklamakan, 1300 km en 30h, pour cause de contrôles de police.

 

On pédale à 150 m sous le niveau de la mer pour rejoindre l’oasis de Turpan qui nous surprend très agréablement. Beaucoup moins de contrôles, on se sent plus libre et découvre avec émerveillement la cité creusée dans la roche de Jiaohe, leur façon de faire sécher les raisins et leurs vignes qui protègent du soleil pour la récolte, leur astucieux système d’irrigation sous-terrain provenant des montagnes du Tian Shan à des dizaines de km, leurs délicieux melons croquants, juteux et sucrés.

 

Notre dernier stop camion pour sortir de la région est représentatif. Deux Ouïgours de l’ouest du Xinjiang s’arrêtent pour nous prendre mais hésitent longuement, par peur des contrôles de police. Grâce à l’aide de deux jeunes qui parlent anglais et sont ravis de nous aider, les chauffeurs sont rassurés. Finalement le voyage se déroule dans l’échange et la simplicité.

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Couple ouigour à Hotan

En somme cette région nous a enchantés par sa beauté mais nous en sortons avec un sentiment d’inachevé, comme si on n’avait pas pu en découvrir la réelle richesse.

On a pu percevoir la générosité des Ouïgours par des gestes simples comme des sourires et le don de fruits sur la route, mais le système semble ôter une certaine spontanéité à l’échange humain, ce que nous regrettons particulièrement.

12 réactions au sujet de « Entrée en Chine : Le Xinjiang »

  1. Merveilleuses images ! profitez de tous ces pays et (presque surtout) de tous leurs habitants. Nous étions là bas il y a 20 ans, tout en haut du Mustagh Ata, le père des neiges éternelles. Kashgar et son marché. Les souvenirs se bousculent et votre joie nous rempli de bonheur. Merci

  2. Coucou Marina et Ben , nos "chouchous"

    J'ai découvert grâce à vous la province du Xinjiang et le nom des Ouigours dont on n'entend pas souvent parler. Il vaut peut etre mieux d'ailleurs . Seuls le désert de Gobi et du Takhlahaman m'évocaient quelquechose , j'ai observé en détail sur l'atlas papier votre périple chinois, ça permet de voir en couleurs déserts et dénivellés et ça force le respect!!!!

    Quant à l'épopée de miss Nina qui oublie sa sacoche au cours d'un transport  ce n'est pas une première! Seul le choix du Xinjiang était semble t-il vraiment osé. Mais on dit bien " la chance sourit aux audacieux". Vu vos sourires on ne s'inquiète pas trop…

    J'ai eu la curiosité hier soir de surfer chez les pralines, je me suis régalée et j'ai eu aussi la joie de vous y voir.

    Gros bisous

     

  3. Merci pour ces récits passionnants ! C'est dommage que la présence policière ait quelque peu gâchée votre séjour en Chine. Je ne suis jamais allé dans le Xinjiang mais je sais qu'une importante réunion du parti va se dérouler à Pékin à partir d'aujourd'hui, le 18 octobre 2017. Cette réunion rassemble les plus hauts placés du gouvernement de toutes les provinces chinoises. Depuis deux semaines, la présence policière à Pékin s'est considérablement accrue. Il est donc possible que ce que vous ayez vu dans le Xinjiang ne reflète pas totalement l'atmosphère habituelle de cette province.

    Quoi qu'il en soit, le Tibet et le Xinjiang n'en restent pas moins les régions les plus sensibles de ce pays.

    Bonne route !

    Thibault

  4. Magnifiques photos et excellents  commentaires …………….. depuis le début .

    Nous sommes restés discrets mais apprécions néanmoins votre beau reportage .

    Merci de nous avoir transporté dans cette belle aventure à la découverte  des paysages et des personnes remarquables  .

    Bravo pour le parcours accompli  et  Bonne continuation  pour la suite.

      MARC-HENRI & JOCELINE

  5. Bravo les Jeunes !! Vous vous éclatez… à des doses très variables selon les rencontres et nous, on s'éclate devant nos écrans . A tel point, qu'on a l'impression d'être avec vous mais ..sur une moto !!! vous êtes impressionnants et à chaque fin de lecture je me dis "à quand le prochain …" Profitez bien de ce périple et merci ++++ de nous permettre d'en bénificier et de découvrir (en tout cas pour moi!! ) tous ces gens si accueillants et qui nous donnent une merveilleuse leçon sur La Vie . Bisouxxx

  6. Ca fait quoi quand on est malade une descente de police à la nuit tombée pour évacuer la tente et pour aller s'installer dans un local de distributeur de billets ??

    Enfin, "la nuit agitée" a eu l'air bénéfique car tu as l'air d'avoir retrouvé l'appétit au vu de la photo où tu profites du repas offert par la police !!

    Bises à tous les deux et continuez à nous faire réver encore qques temps.

     

     

  7. Hello les chouchous! super le site des Pralines.J'ai vu des photos où on vous voit ensemble.

    C'est sympa aussi de voir leurs photos et leurs rencontres.

    Encore de bons moments pour nous pour nous évader vers des contrées lointaines!!

  8. L'aventure, c'est l'aventure….Un vrai polar votre périple.J'imagine l'arrestation avec les 6 policiers, le décampement de nuit sous "bonne"escorte, et heureusement la sacoche de Marina retrouvée!

    Cela n'a pas dû être de tout repos!

    Mais les paysages sont encore grandoises….Dommage que vous n'ayez pû rencontrer et échanger comme vous l'auriez souhaité et que la culture ouigoure semble dissoute petit à petit;

    Espèrons qu'au LAOS cela soit plus facile.

    Bises.

  9. Et ben dis donc les Suisses sont plutôt Lights finalement par rapport aux dénonciations… les montagnes à 7000 sont impressionnantes. Vs allez rencontrer plein de backpackers au Laos. Ça vs vs changer

  10. Hello,

    Same player shoots again …

    Content d'avoir ces belles photos que l'on peut même observer en haute définition. Et l'article est encore très bien écrit. On sent que vous avez pris le temps de le relire.

    Ce passage sur les Ouigours vient juste de résonner avec une émision que l'on a regardée hier sur la nouvelle route de la soie (Arte), très intéressant !!! visible en replay.

    Reposez vous bien au Laos… Vous le méritez.

    Grosses bises

    Guy

     

  11. Superbe article qui fait bien prendre conscience des contradictions de ce pays. Merci pour ces belles photos notamment des paysages grandioses traversés et des gens rencontrés. J'adore celle du couple ouigour, trop mignons ! Bises et bonne route Vero 

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