Le Laos

Le Laos

Sabaïdi ! Sabaïdiii ! Sabaïdi. Sabaïdiiii !!!!

Voilà le premier mot qui saute à nos oreilles à l’entrée d’un village ou bien sur le chemin de l’école en plein milieu de la jungle. Les enfants laos nous disent bonjour toujours avec un sourire resplendissant. Nous sommes très vite frappés par la quantité phénoménale d’enfants. Dans chaque village d’une dizaine de maisons, une centaine d’enfants s’égaillent dans la cour d’école. Au Laos plus de 50% de la population a moins de 23 ans et le taux de fécondité est de 4,5 enfants par femme.

Les adultes aussi sont très souriants et agitent la main de leur bébé à notre passage. Mais ils ne sont pas très avenants: on se demande s’il s’agit de timidité ou d’indifférence. Peut être un mélange des deux ? Ou bien est-ce à cause de la langue ?

Au poste frontière, nous sommes accueillis par un chaleureux douanier qui parle un francais impeccable. C’est vrai ! Le Laos était sous un protectorat français de la fin du XIXème siècle au milieu du XXème. En plus de la langue, un certain art de vivre à la française a été adopté au Laos: la pétanque (forte activité devant les postes de police), les couverts, le pain et les viennoiseries… Pour notre plus grand bonheur !

Au Laos, on prend le temps de vivre. La dimension espace-temps est toute autre qu’en France. Rien n’est grave, tout est « bo peniang » (pas de problème). On se met rapidement au pli et ça nous fait du bien après le rythme soutenu pour sortir de Chine. Nos coups de pédale nous mènent tranquillement à Luang Prabang, où on retrouve Isaure et Tchouka, un couple de cyclos français que Ben et Roro avaient déjà croisés en Arménie et en Iran.

Notre recherche de petites routes au Laos est semée d’embûches. Nos rares escapades en dehors de la M13, la route principale du pays (la seule asphaltée), se sont soldées par des sessions récurrentes de décrottage de nos gardes boues. Nous ne le savions pas mais, en octobre, nous sommes encore à la fin de la saison des pluies. On a quelques averses quotidiennes, tout rouille et rien ne sèche dans cette chaleur humide. Et sur les chemins de terre rouge, c’est la cata !! Heureusement une rivière et ses jolies pirogues privées ne sont jamais loin pour nous sortir de ce bourbier ! Cela nous vaudra deux belles croisières, l’une de Nong Khiaw à Paknga, l’autre sur le légendaire et tourbillonant Mékong (à proximité de la cascade Kuang Si à Pakkhon).

Et qui aurait dit que cela nous mènerait au col sur asphalte le plus dur de notre voyage!  Entre Pong Dong et Kasi, plus de 1800m de denivelés positifs sur 35km, mais très vallonés avec de nombreux passages entre 10 et 20%. Autant dire qu’on a apprécié au sommet la salade de papaye à l’assaisonement sucré et pimenté et les boulettes de Kao Niao (riz collant). Dans la descente, la jante de Tchouka n’a pas supporté l’intensité du freinage et s’est fendue.

Même sur la M13 il y a toujours très peu de traffic, ce qui nous laisse apprécier la beauté de la jungle et des collines laotiennes. Les papillons et autres insectes nous éblouissent de leurs couleurs et de leurs tailles. C’est aussi la vie dans les petits villages qui a rythmé nos journées. Tout le monde vit dehors et en communauté: le matin on croise les enfants qui vont à l’école et les agriculteurs qui se rendent aux champs entassés dans la benne d’un camion ou sur un motoculteur. Durant la journée, la musique résonne dans les maisons sur pilotis en bambous. Avant le coucher du soleil, les familles et souvent les mamies se douchent au bord de la route enrobées de leurs tissus colorés. Ils mangent et à la nuit tombée la vie s’endort.

Enfin, pas pour longtemps…. Car nos nuits aussi sont agitées ! Les coqs s’égosillent, entre 2h et 6h du matin, à intervalles irréguliers. Les chasseurs de crabes viennent toquer à notre tente pour nous montrer leur butin, les braconniers sortent de la jungle avec leurs grosses lampes torches, tandis que les pêcheurs de nuit remontent le poisson à côté de nous. Et quand le premier soir au Laos, on trouve un restaurant qui nous semble bien, on se rend compte une fois la nuit tombée qu’on est en train de se régaler dans un bar à filles faciles..

Heureusement on arrive régulièrement à trouver le repos dans les temples bouddhistes. Un soir nous sommes accueillis par un jeune moine, qui a une pêche d’enfer, avec ses tatouages, son I-phone, son compte Facebook et sa toge orange. Il nous propose de poser nos tentes dans le temple. Mais cela ne sied guère à un villageois qui vient s’en plaindre. En guise de compromis et pour respecter la culture, nous dormirons hommes et femmes séparés dans la maison du Bouddha. Marina  avec Isaure et Benoît avec Tchouk. Au Laos, comme en Thaïlande, les moines sont levés aux aurores, pour faire la quête dans le village. Ils reviennent un caisson plein de nourriture et d’argent, qui leur permet de manger et de vivre ; le reste est redistribué aux pauvres.

En traversant les villages, on sent que le Laos est le plus pauvre des pays que nous ayons traversés : les gens n’ont rien mais ne semblent manquer de rien. Sans accès à la mer, le commerce et l’économie du pays peinent à se développer. C’est aussi le nombre faramineux de bombes non explosées, qui empêche l’essor de l’agriculture dans le pays. En effet, le Laos a été le théâtre de la « guerre secrète » de 1964 à 1973, pendant laquelle les États-Unis ont lâché sur le Laos 2 millions de tonnes de bombes sans que personne ne soit au courant (cela équivaut à plus de bombes que toutes celles reçues par l’Europe pendant la seconde guerre mondiale).  Malgré la neutralité du Laos face au conflit de la guerre du Vietnam, ces bombardements ont eu lieu, car les routes laotiennes étaient utilisées par les Vietcongs communistes (notamment l’axe Ho Chi Minh) pour acheminer des munitions du Nord au Sud du Vietnam. Aujourd’hui le déminage est en cours mais le processus est difficile et long. Les bombes font encore un mort par jour.

Sur la route, « Power China » semble être le sponsor officiel des nombreux chantiers de routes et de barrages autour du Mékong. Actuellement la Chine investit au Laos pour commercer plus facilement avec l’Asie du Sud-Est.

Cette arrivée au Laos nous fait aussi prendre conscience dans les belles villes comme Luang Prabang, Vang Vien et Ventiane de l’ampleur du tourisme occidental en Asie du Sud-Est. On se retrouve souvent mal à l’aise dans ces lieux, où l’on croise plus d’étrangers que de locaux en train de boire des bières et manger des burgers ou bien à l’ambassade thaï, où nous recevons le numéro 603 en une matinée de queue pour obtenir notre visa. Au final, nous aussi faisons partie de ces « Falang » comme les Laotiens nomment les « étrangers occidentaux ». On s’interroge quelques fois sur les bienfaits et méfaits du tourisme.

Des questions qui s’évaporent à chaque course à vélos avec les enfants et invitation fortuite à boire des coups avec des Laotiens.

La bière qui nous a bien désaltérés durant tout ce voyage au Laos nous dit « au revoir » sur le pont de l’amitié qui sépare le Laos de la Thaïlande.

9 réactions au sujet de « Le Laos »

  1. Salut à tous les deux,

     

    Un article émouvant. J'imagine parfaitement comment les Laotiens vous accueillaient et ce sentiment d'être un touriste de plus mais pas vraiment un touriste comme les autres.

  2. Salut Benoit,

    Je penses bien à toi. qu'est ce que tu as bien fait de partir !

    J'espère te retrouver en forme et totalement dépaysée… mais aussi de retour dans nos équipes.

    Profitez bien de chaque jours.

    Nico

     

     

     

  3. Super votre article sur le Laos…

    surtout lorsqu'on a deux petits-enfants qui nous disent régulièrement Sabaïdi en joignant les mains parce qu'ils apprennent un peu le laotien avec leurs grand-parents paternels.

    On continue à rêver en lisant les textes et en admirant les photos.

    Un grand bonjour de toute la famille du Québec!

  4. Marina et Ben

    Même si vous n'avez pas passé beaucoup de de temps au Laos, vous avez pris de super photos avec des cultures, des temples et des photos magnifiques de la vie de tous les jours. J'imagine déjà le tri à faire dans toutes ces photos.

    On vous remercie de cet article, et on attend celui de Thailande qui devrait nous séduire aussi.

    Bises à vous deux

    Guy

  5. Sabai di Benoit,

    Je suis bien content que t'ai visité le Laos. Tu nous donnes envie. Surtout, tu semble bien apprécier le mode de vie tranquil d'un lao et bien vivre cette culture "bo peniang" qui semble destiné à être changer avec tous ces "FALANG". Il reste que le Laos sera toujours plus relax que ses pays voisins. Aussi, profite bien du "Beer Lao" avant de quitter, la fierté et la meilleure bière selon certain. Sur ce, je te souhait bonne route.

    ak et la famille

  6. rire de voir vos tentes plantés au milieu du temple,… d'maginer vos têtes lorqu'en pleine nuit les braconiers vous montraient leurs butins…

    Sourire d'imaginer les moines bouddhistes tatoués et branchés avec leur iphone et vivre en même temps une vie d'ascète…

    Emerveillés par ce Mékong si mythique et de savoir que vous avez vogué dessus avec les vélos(cela ne devait pas êtrre facile de trouver l'équilibre sur ces si frêles embarcations).

    Emerveillés aussi par les couleurs étincelantes des paysages (où l'on voit que la non pollution n'altère pas la pureté de l'air).

    Tristesse d'apprendre que le pays vit encore avec des tonnes de bombes et les empêchent de se déveopper et entraînent des morts tous les jours.

    Emue par ces enfants aux visages radieux malgré la pauvreté dans laquelle ils vivent au quotidien, allant à l'école à vélo ou sur des pirogues alors que nos gones y vont en grosses cylindrés pour faire 500m!

    Ce matin, c'est séance émotion en voyant ces photos…. et c'est aussi un peu dommage de savoir que cela bientôt s'arrêter car on y avait pris goût….mais nous sommes tellement heureux aussi de vous revoir bientôt pour continuer de nous en parler de visu…

    Bises à vous 2;

    Maryse

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